Une défense victorieuse! – mais sommes-nous capables de nous défendre?

20.01, 15:00
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Une défense victorieuse! – mais sommes-nous capables de nous défendre?

L’épidémie de coronavirus en Chine a montré que le gouvernement et la société chinois se sont mobilisés pour lutter contre une maladie grave. Plus de dix mille médecins de différentes régions de Chine sont arrivés dans la province de Hubei pour aider les malades. La plupart des entreprises font des heures supplémentaires pour produire assez de masques médicaux, de tenues de protection, de lunettes et autres matériels indispensables. On travaille d’arrache-pied à l’élaboration d’un vaccin contre ce nouveau coronavirus.

Le monde entier a été frappé par l’érection en dix jours, à partir de rien, de l’hôpital Huoshenshan et de ses mille deux cents lits. Cet hôpital modulaire est équipé d’un système de ventilation de pointe. Il comporte des unités de soins intensifs, de contrôle infectieux et de diagnostic radiologique, à destination des patients les plus gravement atteints. Ceux chez qui la maladie a pris une forme bénigne sont orientés vers des parcs d’exposition et des centres sportifs équipés en conséquence (ce qui a augmenté le nombre de lits de dix mille et quelques). Les soins prennent au moins une semaine, à laquelle on ajoute quatorze jours de quarantaine obligatoire. Afin de réduire au minimum les contacts et le risque de contamination, on utilise des robots dans les hôpitaux. Ils distribuent les repas et les médicaments dans les chambres en déterminant la dose pour chaque malade, ils prennent la température. Dans certains hôpitaux, c’est un robot de l’entreprise Siasun qui procède aux tests : il peut effectuer des prélèvements dans la gorge.

Selon les derniers chiffres de la Commission nationale de la santé, la mortalité liée à la pneumonie causée par le coronavirus dans le pays est de 2,1 %, soit de deux dixièmes inférieurs à l’indicateur produit il y a deux semaines. Et dans les régions extérieures à la zone de quarantaine dans la province de Hubei, elle n’excède pas de deux dixièmes le pourcentage de l’indicateur pour une grippe ordinaire.

Les mesures chinoises pour limiter les migrations de population dans cette situation épidémiologique compliquée sont réellement sans précédent. Des villes de plusieurs millions d’habitants sont fermées. Les entreprises Qihoo 360 et NoSugarTech ont créé une plate-forme où un utilisateur peut vérifier s’il a voyagé avec une personne infectée. Une application spéciale marque sur une carte l’emplacement de toutes les personnes infectées par le coronavirus. Dans les agglomérations, sur les lieux de travail, les magasins et dans les transports, l’armée et des volontaires procèdent à une désinfection régulière, notamment par l’entremise de drones.

Selon un communiqué du ministère des Finances de la République populaire de Chine, le gouvernement allouera quinze milliards de dollars, versés en deux tranches, pour lutter contre la propagation du coronavirus. « Le ministère emploiera ces moyens pour permettre aux citoyens d’être diagnostiqués et soignés », déclare le site du ministère.

Le président de la République populaire de Chine, Xi Jinping, a souligné que dans la lutte contre l’épidémie liée au nouveau coronavirus, il faut s’appuyer sur le peuple et suivre le principe des « intérêts du peuple avant tout ».

Dans la situation actuelle tendue entre les superpuissances et vu les importants conflits régionaux avec de potentielles attaques bactériologiques, chimiques et virales, de quelles méthodes de réaction dispose l’Union européenne ? Après les trois à cinq premiers jours qui ont suivi la diffusion de l’information à la population mondiale, on n’a pu que dresser le constat d’une totale impréparation face à une épidémie globale. Aucune pharmacie de l’Union européenne ne propose de masques anatomiques spécialisés (elles étaient toutes en rupture de stock au bout de deux-trois jours après l’apparition de l’information sur le nouveau coronavirus dans les médias), de respirateurs, de médicaments idoines, de tenues, de casques et de gants de protection appropriés. J’ai moi-même essayé l’une de ces tenues et je peux vous certifier qu’un novice a beaucoup de mal à y respirer. Pour se retrouver dedans pendant longtemps sans inconfort, il est indispensable de s’entraîner. La situation actuelle, avec la propagation du virus en Chine, nous incite à organiser d’urgence, comme ce fut le cas en Allemagne et en Grande-Bretagne dans les années 1930, des séances d’entraînement pour la population civile afin qu’elle sache se défendre individuellement en cas d’épidémies semblables, qu’elles soient technogènes ou climatiques, et de cataclysmes militaires. Il faut créer des entrepôts de vêtements de protection et de moyens de protection individuels pour toute la population de l’UE et, en cas de nécessité, les mettre gratuitement à disposition des citoyens. Un individu doit pouvoir disposer d’une centaine de masques et de gants au minimum, car on doit en changer toutes les trois-quatre heures. Le budget colossal de l’OTAN a les ressources suffisantes pour ce faire.

Une guerre biologique, incluant la production massive, le stockage et l’emploi de l’arme biologique, a été interdite par la Convention sur l'interdiction des armes biologiques (CABT) en 1972. En 1997 s’est tenue la Convention sur l'interdiction de la mise au point, de la fabrication, du stockage et de l'usage des armes chimiques et sur leur destruction (CIAC). Conformément aux données de l’Organisation sur l'interdiction des armes chimiques, 97% d’entre elles ont été détruites. Par exemple, selon des informations officielles, les USA ont détruit près de 90% de leur stock déclaré d’armes chimiques et le processus doit s’achever vers 2021-22. Le 27 septembre 2017, le président Poutine a annoncé la liquidation totale des armes chimiques de la Russie. La Corée du Nord, l’Iran… Peut-on se fier à ces déclarations ?

En effet, la plupart des pays participent aux conventions prônant l’interdiction des armes biologiques et chimiques, mais on n’a aucun moyen de savoir s’ils respectent leurs obligations. Le sujet est classé top secret et, à l’heure actuelle, on ne dispose d’aucune donnée fiable en accès libre. Quelles garanties a-t-on que, si tel ou tel pays dispose de l’arme bactériologique ou chimique, il n’y recourra pas, qu’aucune fuite sauvage ou qu’aucun acte terroriste ne se produira ?

Comme le montre l’exemple de la propagation du coronavirus, les gens sont absolument sans défense devant de très nombreux cas d’infection. Les ministères de la Défense n’ont qu’un obsession : doter leurs armées de toutes sortes d’armes nouvelles, mais ils ne peuvent défendre leurs citoyens contre un virus, faute de matériels aussi élémentaires que des médicaments et des masques !

J’ai déjà écrit que, selon moi, il était indispensable que les pays de l’UE forment un État unique avec une nation unique, une langue, une culture, une loi et un gouvernement unifiés : l’Europe. L’histoire du coronavirus en Chine ne fait que confirmer cette nécessité. En un laps de temps très réduit, le gouvernement de ce pays a pris un nombre colossal de mesures pour protéger sa population. Comment résoudrons-nous cette question en Europe, avec vingt-sept parlements ?

Je suis partisan et, en outre, lobbyiste de l’idée de la chancelière allemande Angela Merkel selon laquelle il conviendrait de ressusciter l’ancienne conception d’« Europe à deux vitesses » car j’y vois un moyen de sauver l’Europe de la dislocation. Mme Merkel est une personne suprêmement intelligente. Dans le cadre de cette conception, on proposerait aux différents pays la possibilité de suivre différents tempos de développement et d’intégration. À mon avis, les États-clefs de cette nouvelle formation devraient être l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne, l’Autriche, la Suède, Les Pays-Bas et la Belgique. Les puissances dominantes du Vieux monde peuvent commencer à bâtir une union étroite en vue d’un État unifié. Et ensuite seulement, d’autres États pourraient s’y adjoindre. L’« Europe à deux vitesses » fonctionnerait selon le principe de « Qui peut le plus fait le plus ». En quoi l’Union européenne a-t-elle besoin de pays comme l’Estonie, la Lettonie, le Monténégro et ainsi de suite ? Soit ils deviennent membre de l’Europe, soit ils demeurent à sa périphérie. Malheureusement, il n’émane pour le moment rien de bon des pays d’Europe de l’Est sur le plan de la politique internationale.

Conditions d’entrée dans la composition de la nouvelle formation : refus de former un gouvernement et un parlement nationaux (seuls un gouvernement et un parlement régionaux sont possibles), reconnaissance de l’anglais comme seconde langue officielle.

Imaginons une Europe constituée de la « zone euro ». Ce sera un État dont la population avoisinera les trois cent vingt millions de personnes, au PIB de 12 milliards de dollars (19 pour les USA, 14 pour la Chine). Autrement dit, ce sera une énorme superpuissance contemporaine. Nous autres, Allemands, et les autres citoyens d’Europe, nous pouvons facilement commencer à utiliser l’expression « Je suis Européen ». À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, nous ne nous identifiions déjà plus comme Bavarois, Saxon, Souabe…, nous sommes passés au sentiment de former une nation unifiée et nous disons avec fierté que nous sommes Allemands. Reproduisons la chose avec l’Europe.

Quand, dans quelques années, la Grande-Bretagne aura conscience de son provincialisme, elle viendra à coup sûr frapper de nouveau aux portes de l’État européen. À ce moment-là, l’Europe unifiée comptera trois cent quatre-vingts millions d’habitants. Quand tous ceux qui souhaiteront y entrer, en acceptant les conditions et les exigences énoncées, prendront effectivement part à la nouvelle union, le potentiel et la population de l’Europe seront doublés.

Quelques politicards et certains journalistes critiquent le gouvernement chinois pour infraction aux droits de l’homme dans la lutte contre l’épidémie : quelle bande d’écervelés ! La puissance de la société chinoise réside aussi dans sa capacité à faire bloc devant une menace d’ampleur nationale. Il est difficile de se représenter les discussions – qu’entreprendre et que faire ? – auxquelles une situation analogue donnerait lieux en Europe. Une politique libérale n’est possible que sous le contrôle d’une intelligence supérieure. Or l’humanité contemporaine est pour plus de la moitié constituée d’oligophrènes : impossible de les aider à consolider leur intelligence.

Potiomkine Alexandre

Cofondateur du Club écologiste et global de Hambourg, à Hambourg

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